Construire une synagogue à Kaboul

Ce matin après avoir lu le tweet d’une copine politologue et spécialiste du « Post Colonialism et Gender Studies » concernant une formation des élues locales et élus locaux dont le thème principal est « L’égalité femmes–hommes dans les collectivités : comment agir ? », je me suis dit que moi aussi, je veux avoir mon projet irréalisable mais qui va m’apporter du pognon.

Pourquoi une synagogue ? Pourquoi Kaboul ?

Je devais trouver un titre aussi niet que celui de cette formation alors j’ai pensé à « Proposer à Frigide Barjot d’être marraine de la fille adoptée de mes potes gays », « Demander au pape François d’ordonner une femme prêtre », « Fêter Noël avec le chef de Boko Haram », « Ouvrir une salle de prière musulmane au siège du parti d’extrême droite français FN »…. Je tiens à préciser que je ne suis pas Juif et je peux même dire que j’ai un petit problème éthique avec les religieux. Et le choix de la synagogue à Kaboul est une façon de mettre tout monde d’accord. Ça pourrait surtout me rapporter gros. Je pourrai aller parler dans toutes les synagogues de France et de Navarre et demander l’engagement de la communauté, je serai même invité au dîner du CRIF ou au consistoire et je dinerai sur la même table que le président. Je l’imagine déjà en train de me présenter à une audience en folie. Je commencerai mon laïus par Shalom et je finirai par Mazel tov (ce sont les deux seuls mots hébreux que je connaisse).

Mais j’irai aussi dans les mosquées et les églises (là, je connais mieux) et je ferai un speech à tous mes frères et sœurs dans l’une et à seulement mes frères dans l’autre en espérant être entendu par mes sœurs qui sont séparées. Je leur dirai pourquoi il est nécessaire de soutenir ce geste et de le financer.

Les télés du monde entier me suivront car je serai l’exemple même de l’ouverture. On racontera mon histoire à tous. J’imagine déjà l’émission spéciale de Taddeï et celle de Ruquier, et mon passage au Grand journal.

Mais personne ne croira vraiment que je suis crédible ou qu’un tel projet peut réussir. Je ne crois pas non plus à une formation des élu(e)s sur l’égalité tout court.

Une formation coûteuse pour rien

Cette formation a lieu dans le cadre de la loi n° 92-108 du 3 février 1992 relative aux conditions dexercices des mandats locaux [qui] prévoit notamment dans son titre II un droit des élu(e)s locaux à la formation, les frais de formation de l’élu(e) constituant une dépense obligatoire pour les collectivités. Elle sera dispensée par l’IEPP, un organisme agréé. La formatrice « experte »  est madame Caroline de Haas : ancienne secrétaire générale de UNEF, militante LMDE, MJS, UNL… ancienne  porte-parole de l’association  Osez le féminisme, ancienne  collaboratrice de Benoît Hamon, ancienne conseillère de Najat Vallaud-Belkacem (ministre des Droits des femmes et porte-parole du Gouvernement). Elle devient donc formatrice des élus sur un sujet pour lequel elle était au ministère ? Mouai !

Cette formation coûte entre 300 et 500 euro par personne hors taxes. Je vous laisse faire le calcul sur l’ensemble des élus locaux.

La formation permettra à chaque élu de trouver des éléments de langage pour pouvoir parler dans le discours d’égalité femmes-hommes comme jadis ils parlaient de mixité sociale sans jamais ni y croire ni même penser à essayer de la mettre en place. Ça nous coûtera donc 500 euros par élu pour qu’ils écoutent la bonne parole de mam de Haas et je sais que beaucoup d’élus parce qu’ils sont de « gôche » viendront ou seront obligés à venir ou du moins à s’inscrire. Ah oui, les élus inscrits seront facturés donc porte de sortie honorable pour ceux qui ne pensent pas apprendre grand-chose de cette « experte ».

La question qui me vient tout de suite à l’esprit c’est : jusqu’à quel moment doit-on accepter de rester un élu PS?

Ma copine spécialiste du Gender m’a convaincu sur la nécessité d’éduquer les citoyens et d’obliger les politiques et surtout les élu(es) à juste respecter la loi. Donc cet argent doit aller dans la production intellectuelle et dans l’éducation citoyenne de masse sur les questions d’égalité femmes-hommes. Le reste c’est du pipeau.

La concussion comme business model

En lisant le contenu de la formation, on a quand même deux, trois trucs qui sautent à l’œil:

Surtout dans le tout premier atelier : « Légalité femmes hommes : chiffres clés, principes fondamentaux ». On parle de quels chiffres clés? Est-ce les chiffres clés d’études réalisées pour le compte du gouvernement quand Madame de Haas était conseillère de la ministre en charge de ces questions ? Ces chiffres sont-ils disponibles et libres d’accès aux intellectuel(le)s, aux associations, aux autres entreprises, aux citoyens ?

Dans cette partie toujours, on aborde trois thèmes qui sont :

  1. a.    Présentation de la sensibilisation réalisée pour les membres du gouvernement.

Donc, en gros, elle va présenter une sensibilisation qu’elle a réalisée pour le compte de son ancien employeur à des fin privées et personnelles ?

Je vous laisse faire le même exercice pour les autres thèmes.

b. Les textes de lois et les textes réglementaires

c. Droits des femmes et collectivités : quelles obligations, quels enjeux ?

Loin de moi de critiquer le fait qu’on travaille pour le privé ou même qu’on monte son entreprise. Néanmoins, on peut avoir de sérieux doutes sur l’origine des données utilisées pendant cette formation, sur le niveau d’expertise et sur l’intérêt public de la formation.

Je reste persuadé que la France a suffisamment de personnes capables d’amener un contenu complet sur cette question et que nos politiques devraient regarder un peu au-delà de leur cercle pour ne pas dire leur clan sur des sujets importants

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A propos Baki Youssoufou

Je suis: - Fondateur de We Sign It - Porte-Parole de Active Generation - Porte parole de #QuoiMaGueule collectif pour en finir avec les contrôles au faciès Français d’origine Nigéro-Sierra-Léonaise, je travail dans des mobilisations sur internet, La technopolitique et le Radical community-management. Etude de Banques et risques des marchés financiers puis économie sociale et solidaire. Syndicaliste étudiant puis président de la confédération étudiante. Plusieurs combats étudiants comme par exemple la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers.j'ai participe aux printemps arabes et africains (Tunisie, Egypte, Sénégal, Côte d’Ivoire….). J'ai participé à #NuitDebout et je suis co-auteur de #32Mars. Je suis radical social média stratégiste inspiré par les mouvements citoyens des villes espagnoles.
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