Crise politique en Guinée : le syndrome de la Côte d’Ivoire

Les gouvernements des ex-opposants à l’épreuve du pouvoir

Lorsque les opposants (Gbagbo, Wade, Marzouki…) ou les partis qui sont restés très longtemps dans l’opposition arrivent au pouvoir, il y a toujours un moment d’euphorie puis s’enchaînent déceptions et trahisons. Comme si le pouvoir les rendait amnésiques.

La Guinée, un pays de passionnés

 

Le 2 octobre 1958, l’ancien syndicaliste de la CGT Sékou Touré proclame l’indépendance et fait vivre des milliers de Panafricains dans l’espérance d’un exemple guinéen. Ils ont attendu 54 ans pour voir la première alternance politique.

 Le régime Condé : des doutes, des suspicions, le risque d’une crise ethnique

L’élection d’Alpha Condé s’est déroulée dans un climat très tendu. Sa campagne, basée sur le terme de monsieur propre, était séduisante. Oui, ce prof de droit qui a vécu le plus clair de ses 75 ans en France n’a jamais été dans un gouvernement ni occupé des responsabilités administratives dans son pays. Son camp accusait donc ses adversaires dont l’ancien premier ministre Cellou Diallo d’avoir participé à ruiner le pays. On était séduit et si j’avais pu voter en Guinée j’aurais voté pour lui.

Une victoire bizarre

Malgré cette campagne très offensive et le soutien des sociétés civiles du monde entier à la recherche d’une alternance, les dieux des urnes choisissent leur camp. Au premier tour, Cellou Dalein Diallo, ancien premier ministre (Union des forces démocratiques de Guinée), obtient 43,69 %, Alpha Condé, opposant dit historique (Rassemblement du peuple de Guinée), obtient seulement 18,25 % et Sidya Touré, autre ancien premier ministre (Union des forces républicaines) obtient 13,02 %…

Puis, au deuxième tour, Alpha Condé l’emporte haut les mains ou les mains hautes.

S’en suit une crise sur fond de règlements des comptes qui bloquent l’administration et même les institutions. Depuis, malgré eux, les deux chefs de clan, Condé et Diallo, animent et attisent la haine régionale et ethnique.

Les législatives comme sortie de crise

Dans ce conflit, tous les chefs des partis ont une responsabilité énorme. L’opposition refuse de participer à quoi que ce soit et le pouvoir ne cède quasiment sur rien ce qui a retardé la fin de la transition démocratique, l’opposition constituant de plus de 70% des forces politiques si on s’en tient aux résultats du premier tour de la présidentielle. C’est dans ce climat tendu que le 29 Mai dernier, le président Alpha Condé annonce par décret l’ouverture de la campagne législative et fixant l’élection au 30 Juin. Depuis violences, morts, agressions ethniques, emprisonnements… Il suffit de croiser deux Guinéens ou de trainer un peu dans les forums sur Internet pour voir qu’on accuse tour à tour les Sousou, les Malinké, les Poulaar, les Koranko… J’ai même assisté à une discussion où des Guinéens très instruits mettaient en cause la nationalité du président et d’un certain nombre d’opposants. Cela me rappelle mon voyage en 1998 en Côte d’Ivoire qui m’avait permis de traverser ce pays de Korhogo (nord) à Soubré (sud-ouest). J’avais vu des Ivoiriens du nord traités leurs frères du sud de tous les noms et ceux du sud douter de « l’ivoirité » de ceux du nord. Dans ce contexte, la crise politique a juste permis aux citoyens de s’identifier aux leaders qui en ont profité pour garder le pouvoir ou le prendre en tenant en otage les populations… Vous connaissez la suite..des milliers de morts pour rien

Il est donc urgent que les politiciens, les intellectuels, les chefs religieux, les chefs ethniques et autres activistes arrêtent de manipuler la fibre ethnique.

La communauté internationale, notamment la CEDEAO, doit demander avec insistance au président Condé et son opposant Diallo de reprendre le dialogue. Sinon, je ne vous fais pas un dessin : je rappelle juste que la Guinée est frontalière avec la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone, le Libéria, le Mali et que beaucoup d’armes circulent dans cette zone

Donc deux choix : soit on trouve une solution politique soit on prépare une force d’interposition. Personnellement, je préfère la solution politique.

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A propos Baki Youssoufou

Je suis: - Fondateur de We Sign It - Porte-Parole de Active Generation - Porte parole de #QuoiMaGueule collectif pour en finir avec les contrôles au faciès Français d’origine Nigéro-Sierra-Léonaise, je travail dans des mobilisations sur internet, La technopolitique et le Radical community-management. Etude de Banques et risques des marchés financiers puis économie sociale et solidaire. Syndicaliste étudiant puis président de la confédération étudiante. Plusieurs combats étudiants comme par exemple la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers.j'ai participe aux printemps arabes et africains (Tunisie, Egypte, Sénégal, Côte d’Ivoire….). J'ai participé à #NuitDebout et je suis co-auteur de #32Mars. Je suis radical social média stratégiste inspiré par les mouvements citoyens des villes espagnoles.
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Un commentaire pour Crise politique en Guinée : le syndrome de la Côte d’Ivoire

  1. billo dit :

    Je suis ravi de savoir que quelqu’un ait les mêmes observations que moi sur la crise en Guinée mais je suis à la fois déçu que cet observateur aguérit ne soit pas un compatriote!

    J'aime

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