Grèce: Je suis tombé par hasard dans la tambouille grecque

imageCela fait deux fois en un mois que je vais en Grèce, enfin à Athènes, et que chaque fois mes amis me demandent de raconter, de leur expliquer, de leur dire ce qui se passe en Grèce. Ils veulent savoir comment les Grecs vivent la crise, l’extrême droite… Bref, mes amis veulent un storytelling complet de mon séjour.

À deux reprises, j’ai été incapable d’écrire une seule ligne. Pas d’inspiration. Au début, j’ai pensé à écrire un billet philosophique mais j’ai eu peur que ce soit stéréotypé (ça, c’est la version officielle). En fait, je savais que beaucoup de personnes et d’autres spécialistes de philo m’auraient défoncé. J’ai vite abandonné cette idée, acceptant le fait que je n’avais pas les reins assez solides pour un billet philosophique.

Pourquoi pas un billet sur la crise et sur l’économie ? Là, au moins, j’aurai eu de meilleures armes. Mais je me suis rappelé de ce que disait mon vieux prof de macroéconomie, Raymond Archer : « Le problème de l’économie, ce que tout le monde peut se lever un matin, acheter le journal et penser qu’il a tout compris de la macroéconomie. » Alors non, pas de billet éco.

J’ai donc décidé de raconter ma « life ». Oui, je suis « com´as ».

Une fouille archéologique mais sommaire

Je veux vous raconter pêle-mêle ce que j’ai vu, entendu et expérimenté à Athènes. Je veux le faire comme un archéologue amateur.

Vous connaissez ces passionnés qui prennent toutes leurs vacances pour aller fouiller dans les endroits les plus inhospitaliers.
Parfois, il leur faut des semaines pour extraire une pierre un peu plate, un peu pointue… Et là où eux voient une histoire, une arme de guerre ou un outil de travail, toi, tu ne vois qu’une pierre plate que t’aurais bien fait rebondir à la surface de l’eau pour épater ton fiston. Mais comme t’es sympa, tu fais semblant : « Aaahhh! Hm! Hm! » Et tu tentes un commentaire, « Mais cette arme, en fait, la finition n’était pas terrible, non? » Et l’archéologue amateur, comme un converti, comme un soutien de Ségolène Royal, te rentre dedans. « On ne critique pas le Neandertal. » Ce sont des gens qui n’acceptent pas la critique. Moi, je l’accepte.

La criiiise

Ma fouille commence avec la crise dite économique, bon, là, je vous la fais rapide. La Grèce devait rentrer dans l’UE et on leur a envoyé des technocrates (ou buros ou encore trouduc) qui leur ont appris à mieux planquer les comptes. Comme ça arrangeait tout le monde, personne n’a rien dit. Un jour, le Grec moyen découvre qu’il n’y a plus rien dans les caisses. Alors on leur envoie d’autres technocrates encore plus technocrates (ou plus buros ou plus trouduc) qui leur ont intimés de virer tout le monde, d’augmenter les taxes, d’exproprier les gens et de vendre leurs maisons aux étrangers (comprendre aux Allemands, Français, Qataris, Chinois…). Puis ils ont organisé l’exfiltration de leurs potes, dont le chef, un technocrate (ou buros ou trouduc), fils de, qui est parti à Harvard enseigner à d’autres futures technocrates (ou buros ou trouduc). Les gens, eux, sont restés pauvres avec la montée de la haine et de la violence et vous imaginez la suite. Sans faire mon Montebourg, si on continue à soutenir ces expropriations, ces licenciements abusifs, le totalitarisme est tout près.

Le niveau de vie

La vie n’est pas trop chère pour un smicard français mais ici les gens bossent pour 300 euro par mois. Oui la troïka (ou la bande de tocards) leur a demandé de se faire… jusqu’à …. (remplacez les pointillés par ce que vous voulez). Pendant ce temps, les plus riches se sont barrées et les loyers ont flambé car les maisons et appartements ont été achetés par les habitants des pays de la troïka. Je ne vous raconte même pas comment ils commencent à détester les Français, les Anglais, les Allemands et les autres.

Le racisme, l’apartheid et la haine

Alors que je commençais à me dire que ma fouille se termine ici, je tombe sur une pépite. Oui, ce genre d’objets pour lesquels on récompense les chefs d’équipe d’une expédition archéologique et qui permettent après de donner leur nom à des amphis dans les facs.

Je suis tombé par hasard, forcé par ma pote Gloria qui voulais absolument que je me rende dans un square pour rencontrer une certaine Jackie, une étudiante de 22ans en licence de management, et un certain Nikos (oui un mec sur trois s’appelle Nikos), un ingénieur de sciences de la santé de 30 ans. Tous les deux sont membre actifs du collectif Génération 2.0 (2ème génération mais zéro droit).

Au détour d’une discussion, Jackie brandit une carte d’identité grecque et l’assistance applaudie et tout le monde l’embrasse, moi compris (parce qu’elle est jolie). Mais je lui demande quand même, comme pour trouver un sujet de conversation, si ça fait longtemps qu’elle vit en Grèce? Elle me regarde, elle me répond : « Oui, j’y suis né il y a 22 ans. » Puis on m’explique qu’en Grèce, dans un pays européen, des gens qui sont nés et qui ont toujours vécu dans ce pays, n’était pas des citoyens. Ils ne sont ni étrangers ni Grecs. Ils ne peuvent pas voyager et ne peuvent pas passer des examens de langues dans les ambassades. Ah oui, les ambassades ne savent pas si ça existe et donc leur disent « Mes chers, si vous n’avez pas de papiers vous ne pouvez pas passer les évaluations. Dans les services consulaires aussi il y a des technocrates (ou buros, ou trouducs).

Il y a donc des Grecs qui ne sont pas des citoyens à part entière et qui subissent toutes formes d’humiliation au quotidien.

Voici brièvement le résultat de ma fouille archéologique que je vais partager avec vous en développant chaque thème dans de prochains billets.

Advertisements

A propos Baki Youssoufou

Je suis: - Fondateur de We Sign It - Porte-Parole de Active Generation - Porte parole de #QuoiMaGueule collectif pour en finir avec les contrôles au faciès Français d’origine Nigéro-Sierra-Léonaise, je travail dans des mobilisations sur internet, La technopolitique et le Radical community-management. Etude de Banques et risques des marchés financiers puis économie sociale et solidaire. Syndicaliste étudiant puis président de la confédération étudiante. Plusieurs combats étudiants comme par exemple la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers.j'ai participe aux printemps arabes et africains (Tunisie, Egypte, Sénégal, Côte d’Ivoire….). J'ai participé à #NuitDebout et je suis co-auteur de #32Mars. Je suis radical social média stratégiste inspiré par les mouvements citoyens des villes espagnoles.
Image | Cet article, publié dans Europe, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Grèce: Je suis tombé par hasard dans la tambouille grecque

  1. Jackie dit :

    C’était probablement la meilleure façon d’aborder le sujet de la « Grèce »
    Nous allons continuer à creuser bien parce que nous n’avons pas encore atteint le noyau

    J'aime

  2. Mylène dit :

    Ton début de « fouille » me parait bien prometteur. Je vais donc lire avec attention les billets suivants. Je n’ai pas encore eu l’opportunité d’aller en Grèce, donc t’y suivre sera une sorte de pré-visite guidée.

    J'aime

  3. skatembera dit :

    super témoignage. on sent bien que tu y as mis du coeur. les Grecs sont les premières victimes européennes du pouvoir du capitalisme financier. La question maintenant, c’est celle de savoir qui sera le prochain, car côté dette, l’Italie, le Portugal, l’Angleterre ne valent guère mieux

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s